georgesandmonamour

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Sur vous, vos témoignages, les suites dans le monde adulte

J'apprécie beaucoup les commentaires que l'on apporte sur ce blog, même si parfois ils me plongent dans des troubles infinis. Ce qui en ressort est que le harcèlement n'est pas une expérience anodine et il transforme la personne, la faisant réagir au quart de tour, ou l'isolant un peu plus des autres.

Off ou ici, les témoignages ont été nombreux sur les conséquences à la vie adulte. C'est un sujet qui m'intéresse, et qui est peu abordé dans les médias ou ouvrages, parce que forcément les institutions se sont peu penchées sur la question, le harcèlement et la violence dans les écoles étant jusqu'à présent un sujet tabou, qu'il faut cacher. La violence à l'école ? Vous n'y pensez pas !

Je ne connais pas à cette minute une étude approfondie sur ces adultes qui ont mal vécu l'école, qui en ont souffert, ou qui en sont morts. Si vous avez des pistes, elles sont les bienvenues. 

Il faut effectivement taire le mal-être qui règne au sein de l'école, institution qui accueille nos enfants : adultes incapables de protéger, enfants qui se violentent entre eux, l'école est le reflet du comportement des "grands", relations sociales gangrenées.

 

Ci-dessous les témoignages publiés sur le blog. Je vous laisse les lire, les commenter si vous le souhaitez, partager vos expériences.  

 

Ghislaine, 24 juillet 2014

Ma fille n'a pas subi de violences physiques mais plutôt du harcèlement moral.
Il faut dire que je m'occupais d'enfants (j'étais assistante maternelle) et que j'avais gardé une enfant du CM2 très perturbée par le divorce de ses parents. Quand sa mère et son beau-père ont décidé de la laisser à l'étude du soir pour qu'elle fasse ses devoirs, elle l'a très mal pris.
Mal dans sa peau elle se vengeait de son malaise sur ma fille et avait trouvé une technique assez particulière pour la persécuter. Avec une copine de classe elle s'amusait à la suivre pendant toute la récréation en l'insultant et la ridiculisant.
Quand ma fille m'en a parlé, au bout de plusieurs jours, et connaissant plutôt bien la harceleuse, je me suis permis de rentrer dans la cour de l'école pour aller lui parler. Je pensais pouvoir la faire réfléchir avant d'avertir sa mère et son beau-père.
Le directeur de l'école est intervenu et j'ai pu lui expliquer le problème mais sa première réaction a été de me rappeler le règlement de l'école qui interdit toute intrusion d'adulte autre que les parents dans la cour, ce en quoi il n'avait pas tout à fait tort.
Heureusement, ma réputation de super nounou et surtout l'attitude irréprochable de mes enfants à l'école a fait qu'il n'a pas osé me mettre dehors comme une malpropre et qu'il a même fait la morale à "ma harceleuse" devant moi. Cela à suffi à arrêter l'escalade mais je pense sincèrement que si le directeur n'avait pas connu aussi bien ma famille, ma fille aurait dû subir des insultes jusqu'à la fin de l'année et qu'elle serait certainement tombée malade
Je souhaite également à tous les parents de rencontrer dans leur malheur et celui de leur enfant une personne qui comprenne et puisse intervenir avant que la situation ne devienne insupportable mais je pense aussi que dans certains cas beaucoup trop nombreux, l'école est incapable de faire son travail et de protéger nos enfants, le-m'en-foutisme de certains, manque de moyens, etc... et surtout une incapacité à se remettre en question.

Intervenir vite et fermement a permis d'arrêter la situation de harcèlement et c'est tant mieux. Et vous avez raison, quand l'adulte prend ses responsabilités, le conflit se règle plus vite. 

 

Lacharly, le 21 août 2014

J'ai été moi même sujet aux agressions étant petite. Mes parents n'ayant pas les moyens de m'acheter des vêtements de marques "comme tout le monde", quelques kilos en trop ...
A cette époque, je n'osais pas "l'ouvrir", je subissais en râlant, avoir deux "garces" excusez moi du terme, collées au cul tout le long de la route, à me cracher dessus, m'insultaient. Malheureusement pour moi, elles habitent dans la même ville, prennent le même chemin.
Mais avec mon père ça ne s'est pas passé comme ça ! Il a discuté 5 min avec la CPE, et il a vu. Oui il a vu que ça ne servirait à rien. Alors il ne s'est pas gêné, il a suivi les gamines en voiture, pour savoir ou elles habitent. Et là, je peux vous dire que les parents et les enfants ne savaient plus où se mettre. Je ne sais plus exactement combien de temps ça a duré, juste que ça hurlait tellement, ça sifflait de rage, de haine que je suis sûr que le voisin 4 maisons plus loin a dû en capter le message.
Il a menacé, ça aurait pu finir mal (le père d'une des filles est flic), mais comme quoi, il devait déjà savoir comment était sa fille. Il n'a rien dit. Je n'ai plus jamais été embêtée.
La première fille (père flic) est aujourd'hui une KSOS de première, vivant dans un logement médiocre avec plusieurs enfants.
La deuxième a fini par aller en "pension", c'est aujourd'hui une très bonne femme, avec un travail, un enfant, on s'est même reparlé un peu et je l'ai trouvé charmante. Comme quoi, je suis certainement la plus humaine, j'ai le pardon facile et ça me jouera certainement des tours à l'avenir.
Ca s'est passé lors de ma 6ème, je devais avoir 10 ou 11 ans, j'en ai 24 à l'heure actuelle et je suis devenue une "lionne", plus question que l'on me marche sur les pieds, que l'on me manque de respect.
Je me reconnais dans Lili et j'ai eu mal pour elle en lisant ceci. Ça m'a rappelé une période de mon enfance que j'avais "oubliée". J'espère pour elle, qu'elle a pu reprendre une vie scolaire normale.

Ce témoignage est intéressant pour la combativité qu'il ressort de Lachery, "la lionne" comme elle se définit. Je ne suis pas pour faire justice toute seule, mais cela démontre aussi le peu d'implication et de responsabilisation de ceux qui auraient dû intervenir. 

Ce qui est aussi intéressant est le contact avec l'agresseur. Je pense que les parents des enfants harceleurs s'ils étaient au courant de la situation, pourraient intervenir et régler le problème. De plus, être agresseur n'est pas non plus une fin en soi.

 

Nathalie, le 22 août 2014

Bonjour à toutes et a tous ma fille aussi a eu quelques problèmes avec certains élèves je suis allée directement au collège je suis allée a la cpe, j'ai dit "vous réglez ce problème aujourd'hui ou sinon je vais le régler moi même et là ça sera autre chose". Ça a été réglé dans la journée deux fois de suite je suis intervenue mais moi je tape le scandale devant tout le monde, quitte à aller dans la classe carrément et j'interdis à ces élèves de parler a ma fille et de l'ignorer. donc là on verra a la rentrée si ça recommence j'y retourne. 

Le problème est-il réglé ? 

Là encore, les parents interviennent directement, les "responsables" ne le sont pas.

 

Christine, le 24 août 2014

Aujourd'hui âgée de bientôt 38 ans, j'ai connu les humiliations et les coups sans jamais savoir : pourquoi moi ? De l'âge de 8 ans jusqu'à mes 14 ans j'ai été la victime d'une bande de filles qui s'acharnaient à me nuire physiquement et mentalement. 24 ans après je n'ai pas oublié et je pense que c'est impossible... A cette époque le monde était différent, la violence se faisait plutôt rare et pourtant je l'ai subie au quotidien, mon seul réconfort était les vacances scolaires, je vivais à ce moment là sans la peur au ventre d'être jetée sous les roues d'une auto, de me faire asperger d'encre mes jolis vêtements, d'entendre des insultes, des coups bas et j'en passe ! La seule personne à qui je dois cette délivrance est ma grande sœur à qui j'ai tout avoué un jour où elle m'a surprise rentrant du collège en pleure et tremblante. Je me souviens de ce jour là, nous avons fait le tour des habitations de ces filles pour expliquer leur comportement à leur parent, j'ai pris à cet instant là de l'assurance, j'ai écouté les conseils de ma sœur qui m'a dit - "demain je ne serais pas avec toi au collège, maintenant tu dois montrer que c'est toi la plus forte " bien-sûr les mentalités étaient différentes et les parents de ces filles ont fait leur devoir ... aujourd'hui ça doit être bien différent.

Ce que je sais aujourd'hui et qu'il ne faut pas cacher ce calvaire, que c'est bien pire dans le temps que d'affronter une bonne fois pour toute le " diable ", que ça demande du courage mais qu'il faut sauter le pas pour juste sauver " sa peau ".
Après ça je n'ai plus jamais eu d'intérêt pour les études, je n'aimais plus l'école, trop de souvenirs hantent même si les établissements sont différents, même si les têtes sont différentes. On n'arrive plus à accorder une confiance certaine en l'humain, ça colle à la peau, à l'esprit... mais une chose est sûre ON OUBLIE JAMAIS, on continue sa vie avec cette blessure ancrée au fond de nous et on se dit toujours : pourquoi moi ?

Pas facile ce témoignage, personne n'a la réponse. Il faut trouver du courage en soi et affronter les autres, et passer le cap sans avoir de réponse, tourner la page, apprendre à la tourner et continuer à sourire à la vie. Encore un témoignage de vie transformée en profondeur. L'école n'a pas assuré sa fonction, l'adulte en devenir s'en détourne. 

 

Loulou, le 25 août 2014 en réponse au commentaire de Christelle : Sans vouloir être défaitiste, pour ma part, non, le harcèlement ne m'a pas rendu plus forte.... Au contraire ! J'ai intériorisé mon mal-être pendant de nombreuses années avant de sombrer dans une dépression sévère. J'ai aussi développé une phobie sociale qui nuit largement à ma vie sociale et professionnelle. Sincèrement, je ne crois pas qu'on puisse sortir "renforcé" d'un harcèlement. Il me semble donc important de trouver de l'aide extérieure pour que l'enfant/adolescent puisse extérioriser sa souffrance et repartir sur de bonnes bases.

Loulou, le 25 août 2014

J'ai également subi le harcèlement tout au long de ma scolarité... J'ai tout intériorisé, refoulé parce que j'avais terriblement honte de moi. J'en garde de profondes séquelles psychologiques... ça m'a détruit de l'intérieur et j'ai l'impression que je vais traîner ça toute ma vie malgré un suivi psy depuis plus de 15 ans ! Moi non plus, je n'ai jamais compris : "Pourquoi moi ?" ! Je n'étais pourtant pas du genre à me laisser faire... Malheureusement, comme il y a toujours un  "premier de la classe" ou un "cancre", il y a toujours un "souffre-douleur", et c'était moi. C'est triste à dire, mais ce déchaînement violent du groupe contre un individu permet de créer une sorte de cohésion du groupe, de lien social. "Tous unis contre" quelqu'un ou quelque chose... ça ressoude le lien entre les élèves et ça renforce le sentiment de pouvoir et de contrôle des agresseurs. Et ce sentiment de pouvoir sur l'autre finit par balayer toute forme d'empathie pour la victime car il provoque une sorte d'euphorie ou de jubilation à l'idée de s'élever dans la hiérarchie du groupe, d'éveiller l'admiration ou l'inquiétude des membres du groupe. Il s'agit alors d'écraser certains pour arriver au sommet, à la manière des tyrans. Cette situation est parfaitement révoltante, mais malheureusement, j'ai l'impression que l'humain fonctionne ainsi et que le système hiérarchique du groupe impose certains codes sociaux dont le harcèlement fait partie (ce comportement a d'ailleurs été observé chez certains primates... et des fois, je me dis que nous ne sommes pas beaucoup plus évolués !)

"Pourquoi moi ?" La question récurrente à laquelle on a du mal à trouver une réponse... Je me suis posée cette question un bon millier de fois durant toute ma scolarité et même quelques années après. J'ai jamais trouvé la réponse... Et puis un jour, j'ai fini par me dire que la raison n'était finalement pas très importante... et qu'il était bien plus important que je m'accepte comme je suis. Personne n'est parfait après tout !

 

Véronique, le 5 février 2015

je viens de vous entendre sur RTL avec votre fille. Il y a 4 ans, nous avons vécu la même histoire avec apparemment les mêmes réponses de la direction du collège et de l'équipe enseignante.
De septembre à avril, notre fils a subi des violences verbales, physiques, des insultes en cours sans interventions des professeurs. "C'était de sa faute, il devait apprendre à grandir et à s'intégrer", discours de la directrice et du CPE. C'est le directeur d'un collège privé qui nous a alerté sur l'urgence de retirer notre enfant de cet établissement. Il nous a présenté des professeurs investis dans le bien-être des élèves, et nous a fourni une aide psychologique. En 15 jours, nous avions un autre fils, enfin serein.
Aujourd'hui, il est en seconde, a des copains, des projets pour la suite. Cette malheureuse expérience lui a permis d'être à l'écoute des autres.
Je vous souhaite plein de bonnes choses pour vous et Lili.
Merci de votre témoignage, qui j'espère permettra d'ouvrir les yeux à ces responsables d'établissements qui se voilent la face.

 

Nathalie, le 6 février 2015

Je me souviens de la réponse d'un gars du call center de notre opérateur de l'époque.. " Mais madame ce n'est pas une insulte.."; admettons, et la récurrence? Le proviseur m'a répliqué que mon enfant avait "peut-être" un problème "d'intégration" dans sa classe... Faut pas lâcher, on rencontre beaucoup d'incompétents pédants, mais il faut tenir et trouver le/la/les bon(ne(s)) interlocuteur(e(s)), et les choses peuvent s'arranger. Pour nous, il y a eu une prise en charge d'une cellule médiation, qui est descendue à l'école, elle à enquêté auprès des élèves, professeurs.. Par le biais de réunions régulières dans la classe, Il y a eu identification du "problème", "responsabilisation" des harceleurs, des enseignants face à leur laisser-aller,et "réflexions" sur la dérive. Un suivi mensuel, à la maison, avec une personne ressource. Cela à duré 2 ans! Courage!

 

Un tumblr existe sur le harcèlement et la victimisation vécus au lycée en raison des "différences" sociales, sexuelles, voire même sans raison. 

//neledis-a-personne.tumblr.com/

 

France 2 a recueilli aussi de nombreux témoignages lors de la diffusion du documentaire "Souffre-douleur, ils se manifestent" diffusé le 10 février 2015

//www.francetv.fr/temoignages/harcelement-scolaire/

 

Aujourd'hui, tout va mal, Lili est en grave dépression. Le harcèlement l'a trop fragilisée, les coups... En 2014, trois de ses copains sont décédés, maladie pour l'un ou assassinés pour deux autres. Lili pour survivre, pour ne pas à nouveau subir la souffrance, s'est forgée une carapace. Pas de pleurs, elle s'est contrôlée, trop. 

Le chemin est encore long.

Et j'ai peur.



28/04/2015
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