georgesandmonamour

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Les soutiens ou pas

Du soutien, si je n'en ai pas trouvé du côté des référents, ni la direction, ni les associations de parent d'élèves, ni les professeurs, je n'en ai pas trouvé non plus du côté de mes amis. Certaines réactions m'ont laissé parfois sans voix. Mes amis compatissaient certes mais "moi si ça m'arrivait, je mettrais mon enfant dans une autre école et c'est tout" était leur réflexion. Ce n'est pas si simple. Commencer à changer son enfant d'école, c'est aussi prendre le risque de déplacer le problème. Le doute s'était installé en moi. Etait-ce mon enfant ? Etait-ce mon éducation ? Et si dans le nouveau collège, ça ne se passait pas bien ? Mes amis m'achevaient "Ta fille, tu sais, elle n'est pas toujours facile". Oui elle a de la répartie, elle réfléchit, elle pense, elle analyse beaucoup trop, elle rue dans les brancards et remet en question son entourage, moi en premier. Et si dans le nouveau collège, ça ne se passait pas bien ?

A force, j'étais ennuyante. Mon entourage se demandait ce qui se passait dans l'intimité de mon foyer. Je commence à me dire qu'on préfère les forts, ceux qui frappent, aux victimes, celles qui pleurent, qui ont mal, qui racontent leur histoire à n'en plus finir. Je me tais, je garde pour moi mes angoisses et ma colère.

Le soutien est arrivé de l'extérieur. Tout d'abord le policier qui à la fin d'une confrontation me reconduit à la sortie, et dans le pas de la porte murmure "C'est le pire collège du département en terme de réception de plaintes, retirez votre enfant de là". 

Et quand on pense qu'on est seul, qu'on sait qu'on a raison mais qu'on est seul, un courrier arrive. Je reste tremblante devant ce courrier, devant ces mots qui s'alignent et me disent quelque part que oui, il se passe un drôle de truc dans ce collège, c'est le courrier signé du Directeur Général des Services de la mairie. J'avais averti le maire de la déscolarisation de Lili, si j'attendais une réponse ce n'était pas de la part d'un administratif, mon chevalier blanc je l'appelle encore secrètement. C'est peut être ridicule (et oui ça l'est) mais son courrier m'a redonné confiance. Il m'informait avoir répondu au directeur académique qui saisissait le maire pour l'enquête sur les conditions d'accueil et d'instruction de Lili au sein de ma maison, par ces mots (extrait) : 

"Il me semble que si la loi prévoit que l'autorité territoriale diligente des enquêtes sur les raisons de la scolarisation à domicile et les conditions d'exercice de celle-ci, il serait opportun qu'elle prévoit également une possibilité par l'autorité territoriale d'enquêter sur ce qui se passe dans vos établissements.
Croyez que mes services rempliront leurs obligations et que j'espère vivement qu'il en sera de même des vôtres".

Quelle jouissance que ces mots. Quelle force ils me redonnent. 

Le Directeur Général envoie copie des correspondances au Sous-Préfet pour information. Cela restera sans suite, 2012 et les élections présidentielles verront certainement ce dossier passer dans les oubliettes des passations de pouvoirs. 

Lors de la campagne des législatives, j'irai interpeller un candidat à la députation entouré de son staff, à la sortie d'une réunion électorale, enseignant lui-même, dont la petite-fille est copine de Lili. Il a hoché la tête puis a plongé dans son portable qui ne vibrait pas. Fin de l'entretien. Il n'a pas été élu. 

Après la déscolarisation, j'ai écrit à chaque enseignant de Lili, leur expliquant le pourquoi de notre départ, Lili appréciait certains professeurs, ils allaient lui manquer. Ils n'étaient pas en cause, il fallait que je leur dise. Je n'ai reçu aucune réponse, pas même la professeure de français qui appréciait les écrits de Lili, pas même la professeure de musique que l'on connaît depuis la maternelle, que l'on va voir en concert, rectificatif que l'on allait voir. Ont-ils seulement reçu le courrier ? 

 

L'année dernière, j'ai croisé une maman qui m'a demandé si Lili s'intégrait mieux au sein de son deuxième collège. "S'intégrer ?" j'interroge. "Oui on nous a dit que Lili n'arrivait pas à suivre le rythme et c'est pour cela que vous étiez parties". Devant les larmes qui coulent, elle me prendra dans ses bras, là en plein Carrefour Market, me dira que c'est horrible, que personne ne connaissait la raison. Cette année, toujours dans ce supermarché, elle me dira qu'elle a trouvé un autre collège "C'est pire que ce que vous m'aviez raconté". 

Me voilà entendue, soulagée, et en même temps, je pense aux enfants qui subissent quotidiennement des violences, encore, car rien n'a changé, malgré tout. Des enfants sont victimes de violence, là, à cinq cents mètres de chez moi, dans un établissement scolaire. 



11/07/2014
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