georgesandmonamour

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Le médecin scolaire

MADAME le médecin scolaire. D'ailleurs en aparté, je fus étonnée de ne trouver aucun soutien de la part des femmes et trouver de la compassion voire du réconfort parmi les intervenants masculins. Passons.

Madame le médecin scolaire a accès à l'ensemble du dossier scolaire de votre enfant et s'y plonge avec délectation. Nous avions été convoquées par Madame le médecin scolaire. Elle voulait écouter Lili, voir ses pleurs, son manque de confiance et poser des questions précises sur l'environnement familial. Il fallait trouver pourquoi Lili acceptait de se faire agresser.

- Accepter de se faire agresser ?

- Oui madame, il y a une raison.

- La raison c'est huit garçons, six qui entourent et deux qui frappent.

- Oui bien sûr, mais je vois que Lili a vu la psychologue en maternelle ?

- Oui. (Dans ma tête, c'est non, non non). Oui, Lili refusait de travailler avec une maîtresse, qui voulait absolument qu'elle tienne son stylo d'une certaine manière et pas comme Lili voulait. Elle a vu la psychologue à la permanence du Conseil Général et la psychologue du CAMPS* pour cette raison. Celle-ci a décelé un Quotient Intellectuel au-dessus de la normale mais malheureusement un Quotient Emotionnel qui mettait ses angoisses en premier plan.

- Mais je vois qu'elle a suivi quelques séances au CAMPS.

- Oui c'était pour rassurer la maîtresse qui ne voulait plus de Lili dans sa classe. Elle a été mise en poste administratif depuis. (Je me revois assise sur le banc de l'arrêt de bus face à l'école quand la maîtresse avait annoncé qu'elle préconisait que Lili aille en hôpital psy de jour, pour une histoire de crayon. Merci à la psychologue du CAMPS, je crois qu'elle a joué un rôle dans le transfert de la maîtresse en poste administratif. Finalement, il y a des femmes chouettes)***.

- Oui, oui mais au vu du dossier, je pense, ou plutôt je suis persuadée que votre fille a besoin d'un suivi psychologique.

- Oui je pense aussi que les agressions l'ont fragilisée.

- Oui certes, mais déjà au vu de son comportement en cour de récréation, je crois qu'un suivi en CMP** serait nécessaire.

- ...

- Qu'en pensez-vous ?

- Je crois que vous êtes stupide. Lili, tu peux sortir s'il te plaît. 

Je ne me rappelle plus ce qui s'est passé. Je crois que j'ai jeté les papiers qui se trouvaient sur le bureau, la boîte de crayons. Je crois que j'ai hurlé, que je lui ai parlé des agresseurs, de leur suivi psychologique improbable, de son inutilité. Je ne sais plus. Je suis sortie sans fermer la porte, mais je pense que je l'avais cassée en l'ouvrant. Et qu'elle ne se trouve plus JAMAIS sur mon chemin. Voilà, je devenais violente. 

N'est-il pas possible de voir que la solution est là, il est indispensable de prendre en charge les agresseurs, leurs parents et non les victimes. Oui Lili avait besoin d'un soutien psychologique, déjà venir tous les jours dans un collège à la noix, puis surmonter ces agressions multiples, sans que les adultes ne réagissent dans le bon sens. N'importe quel adulte en situation de harcèlement aurait pris des semaines de jours de repos. Deux jours à chaque fois sont la seule respiration de Lili. Foutez-lui la paix les adultes. Faîtes votre boulot. 

Je n'ai plus jamais eu de nouvelle de Madame le médecin scolaire. 

Un rendez-vous fut pris avec une psychologue privée. Tout le monde me mettait le doute. 

Après quelques séances, le "couperet" est tombé "Lili va bien, elle a tendance à considérer ses copines comme des collègues et ça ira certes mieux à l'âge adulte mais elle est saine, elle est très réaliste par rapport à ce qui lui arrive, elle analyse beaucoup et quelque part tant mieux, elle est armée pour le faire". 

 

* Centre d'action médico-sociale précoce : uCAMPS est un établissement médico-social chargé de la prise en charge des problématiques des enfants âgés de 0 à 6 ans.

** CMP : centre médico-psychologique : uCMP est un établissement public regroupant des spécialistes de la santé proposant une offre de soins mentaux prise en charge par la sécurité sociale.

*** C'est aberrant cette histoire n'est-ce pas ? Mais c'est ainsi qu'elle a eu lieu. Des années plus tard, je me dis que juste pour un stylo mal tenu, en deuxième année de maternelle, Lili a été considérée comme psychologiquement défaillante. C'est dans son dossier scolaire pour toujours. En dernière année de maternelle, la directrice m'a presque fait des excuses disant qu'elle n'écouterait pas que les maîtresses désormais mais aussi les parents. Lili a juste un QI supérieur à la moyenne et ça peut angoisser, non seulement l'enfant, mais aussi les enseignants. Mon statut de maman solo (modèle considéré comme non idéal) n'a pas aidé.

L'enfant doit se mouler dans l'école et tant pis pour lui si ce n'est pas le cas. Voire gare à lui !

 



15/09/2014
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