georgesandmonamour

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L'assistante sociale

L'assistante sociale du collège était tout aussi sympa qu'elle était tout aussi impuissante. L'entretien téléphonique se passa mal, je n'étais pas préparée à recevoir son appel. La direction du collège avait apparemment pris le taureau par les cornes et décidé de contre-attaquer. Contre les plus faciles à attaquer forcément, ma fille et moi.

Lili ne voulait pas m'affoler et ne m'avait pas dit qu'elle avait été convoquée le matin même par l'assistante sociale. Sortie du cours sous les regards étonnés de la classe, Lili avait été interrogée sur la situation familiale, sur ce qui se passait à la maison. Non seulement elle était agressée, mais on la rendait coupable de ces faits. Si elle est frappée à l'école, c'est qu'elle est frappée à la maison. Les relations se passaient-elles bien à la maison ? Maman n'était pas énervée ? Et où était papa ? Ah il n'y a pas de papa, tout s'explique. Lili ne m'avait rien dit, pour ne pas m'inquiéter.

Quand donc l'assistante sociale me convoqua pour un entretien, elle ne s'attendait pas à recevoir une volée de bois vert. Je hurlais. On me convoque ? Avez-vous convoqué les parents des agresseurs ? Elle ne pouvait pas me répondre. Pouvais-je remettre ma fille à l'école sans crainte de représailles ? Elle ne voulait pas me le garantir.

J'allais à son rendez-vous. L'entretien mano a mano se passa mieux. Dans la conversation, je compris son impuissance. Même si elle obtenait un rendez-vous avec les parents des enfants fauteurs de troubles, ce n'était pas certain qu'ils viennent. Et elle n'y pouvait rien, elle n'avait aucun moyen pour les obliger à venir, n'avait pas le droit de se rendre chez eux, n'avait aucun moyen de pression. Et d'ailleurs, elle se demandait aussi à quoi elle servait, elle n'était pas la "Pause Café"* de mon enfance, qui essayait de régler les problèmes malgré l'administration. Elle remplissait des dossiers, son rôle était limité. D'ailleurs elle me remerciait d'être venue, presque chaleureusement. Elle ne pensait pas me voir vu que l'entretien téléphonique ne s'était pas bien déroulé. Bah oui, je n'aurais même pas osé refuser un entretien, il en va de mon enfant. "Si vous saviez" me dit-elle, presque complice, "tout le monde n'est pas comme vous". Alors dans la torpeur de l'après-midi, j'imaginais les parents des enfants agresseurs en train de siroter un café devant "Les feux de l'amour**". 

Dans ce bureau-là, je saisis une chose. Il ne fallait pas attendre un quelconque soutien de l'administration. J'avais raison, j'étais même comprise, mais j'étais seule. 

 

* Pause-Café : série TV des années 80 sur la vie d'une assistante sociale dans un lycée avec Véronique Jeannot. 

** Les feux de l'amour : série TV américaine diffusée depuis des lustres en début d'après-midi.



03/07/2014
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