georgesandmonamour

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Du harcèlement à la première agression

Le tout a commencé à mon avis très vite après la rentrée scolaire, mais c'est en novembre que j'ai été alertée par Lili. Je guettais à la sortie de l'école son sourire ou ses pleurs, sa mine déconfite. Lili n'aime pas l'école. Sa réponse était toujours la même "on m'embête". Qui n'a pas été embêté au collège ? Moi, mon bonnet avait servi de ballon et au final on avait tous ri.

Dès la garderie, Lili avait été classée dans les solitaires. Je lui disais de faire un peu d'effort, de se montrer aimable, de rire avec les autres. Ca aide. Mais fin novembre, sa mine chagrine fit que je décrochais le téléphone pour avertir la grande blonde qui servait de directrice et avoir des explications autres. J'obtenais un rendez-vous début janvier, le 5, non pas avant. 

"Qui t'embête ?"

"Chouchou".

"Chouchou !" le petit-fils de la voisine. Chouchou était voyou oui, en primaire la maîtresse s'était plaint de ses insultes, il roulait des mécaniques mais comme il faisait la route le midi avec Lili pour aller voir sa grand-mère, comme il s'était déclaré amoureux de Lili, je ne pouvais pas penser qu'il l'embêterait. Il y avait autre chose. 

Pendant les vacances scolaires, Chouchou venait voir sa grand-mère et on l'entendait rire à travers les murs. Je voyais Lili rentrer les épaules. 

La rentrée était lundi, j'avais rendez-vous vendredi, tout allait s'éclaircir. 

Mardi midi, tout s'est accéléré. Ma fille entre dans la voiture, s'effondre. Elle raconte qu'elle a été frappée par Chouchou, son cousin et un groupe de copains. Elle a reçu des coups de pieds, des coups de sac. A la maison, on mange, Lili va retourner à l'école. Comment ai-je pu la laisser repartir ? Comment a-t-elle pu accepter d'y aller ? Où a-t-elle trouvé la force ? 

Je vais voir la voisine, lui explique, au moins l'avertir de ce qui se passe. Elle me dira que ce n'est pas son problème, qu'elle ne se mêle pas de la vie de ses enfants, elle referme la porte. 

Je prends rendez-vous avec le médecin pour le soir-même. Lili explique, raconte, retient ses larmes. Les traces rouges sur ses jambes se sont transformées en hématomes. Deux jours d'ITT lui sont accordés. Lili est soulagée d'avoir deux jours de répit. Ce fut de courte durée. 

La grand-mère avait fait son travail. La mère, le père, l'enfant frappeur étaient à notre porte pour s'expliquer. Accusations d'abord, Lili n'était pas facile, elle insultait, il fallait bien que Chouchou se défende. Et là, Lili m'étonne. D'une voix blanche, calme, glaçante, elle répond. Elle veut bien tout entendre mais là elle est fatiguée. Elle a supporté les coups, elle ne supportera pas l'injustice. 

Chouchou se met à pleurer, cédant à la panique et raconte son histoire, bien pire que celle de Lili. Tout en détails. Le plaisir de frapper, de voir son cousin venir l'aider, ses copains l'entourer, se sentir fort, aidé, soutenu, frappant sur les rancœurs passées. Chouchou n'était pas un perturbateur, il était en fait perturbé. Il pleurait tout ce qu'il pouvait, reconnaissant qu'il avait menti, qu'il n'avait jamais été insulté, que comme personne n'intervenait, ben voilà il a continué jusqu'à ce qu'un surveillant arrive et la bande s'était dispersée. Et la partie de rires ensuite, avec les copains de son cousin, plus vieux que lui. 

Les parents étaient déconcertés, perdus, ils racontent leurs propres problèmes avec Chouchou, avec leur famille, promettaient tout ce qu'ils pouvaient. "Du moment que ça s'arrête", j'avançais. Je ne voulais plus de conflit. Lili non plus. Qui a envie de passer un siècle au Tribunal ?

 



27/06/2014
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