georgesandmonamour

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Deuxième agression, la confrontation

La deuxième agression a eu lieu dix jours après la première, soit le 13 janvier 2012*.

Nous recevons convocation pour une confrontation le 15 février 2012 avec les deux personnes repérées par la surveillante. Nous nous rendons à pied au commissariat, je ne suis pas certaine de pouvoir conduire. Je n'arrive d'ailleurs pas à sortir des toilettes. J'ai peur, surtout de ma réaction. J'ai envie qu'il y ait deux morts à la fin de la journée.

Sur le chemin, Lili ne parle pas, je la trouve courageuse, volontaire, on a discuté de ce qui allait se passer. Elle en a discuté aussi avec la psychologue qu'elle voit depuis quelques jours. Je la suis. A l'arrivée, nous attendons un peu et on nous prévient, les protagonistes ne viendront pas, l'un a une mère malade, l'autre est en stage. Voilà. L'affaire est renvoyée. Nous aussi.

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La deuxième convocation arrive pour la confrontation le 9 mars 2012, soit près de deux mois après les faits. J'ai quitté rapidement les toilettes, l'habitude sans doute. J'ai pu conduire. Dans la salle d'attente, un gamin avec une dame. Lui. J'en suis certaine. Il est grand, une vraie baraque, brun, mais il semble gentil. Ils sont appelés dans la salle attenante. Je demande à Lili si elle l'a reconnu. "Qui" me dit-elle ? "Ah non, ce n'est pas lui".

 

Et Lili est appelée, je me lève.

- Non pas vous.

- Quoi ? Mais on m'avait dit que si.

- Après.

- Et pourquoi l'autre mère est rentrée ?

- Ce n'est pas sa mère.

Me voilà assise. BORDEL ! Lili seule avec tout ce monde, on m'avait expliqué comment ça allait se passer, ce n'était pas prévu qu'elle reste seule. Pourquoi la mère qui n'est pas la mère a le droit d'entrer et la mère qui est la mère n'a pas le droit ? Au bout d'un temps interminable, minable où tout passe dans la tête, on m'appelle. On me raconte.

Seul l’un des deux est venu, le grand brun, KC, il est en section SEGPA, et en famille d’accueil. Il aura bientôt 16 ans et pense quitter l’école. Il dit qu’il a assisté à la scène mais qu’il n’a pas frappé. L’autre gamin FL ne viendra pas. De nombreuses plaintes ont été déposées contre lui, dont celle de la principale qui a reçu des jets de cailloux sur sa voiture en sortant du Collège (sourire intérieur, oui c'est mal mais sourire intérieur). L’affaire passe à un autre niveau qui ne nous concerne plus, selon la police. Le gamin sera expulsé, il entre dans la case prison réservée aux mômes de l'ère Sarko. 

Pour KC, il rentre chez lui, Lili ne l'a pas reconnu. De plus, là ils papotent tous les deux. Le dialogue, finalement c'est peut être ça la solution, la connaissance de l'autre.

 

Le gamin recommence son histoire devant moi. Son copain l'a appelé avant qu'il n'arrive. 

- Il m'a dit "t'as vu moi les flics je les encule, j'y vais pas à leur truc, j'ai dit que ma mère était malade, c'est pas vrai, elle arrive pas à se lever du canapé, comme d'habitude".

La mère d'accueil me rassure.

- Ce n'est pas un mauvais gamin, d'ailleurs il dit n'avoir pas frappé, et je le crois. C'est sûr il fait des bêtises, ce n'est pas la première fois que je viens ici, je commence à connaître. 

Elle sourit, soulagée. 

- Il a regardé, c'est déjà trop. 

Je suis cassante, je sais. Quelqu'un pensait que j'allais être gentille ? Que j'allais rire ? Que je serais compréhensive ? Quelqu'un pensait vraiment cela ? Tout le monde semble s'apprécier dans cette confrontation. Mais ça ne me convient pas.

Oh ! Oh ! c'est le troisième mois que je jette mon enfant dans la cage aux lions affamés. Je veux que les violences cessent, je veux que les surveillants fassent leur boulot plutôt que lire Closer ou envoyer des SMS. Je veux que Madame Lablonde prenne des mesures exemplaires contre les agresseurs. Je veux que Lili reste dans son collège. Voilà c'est ça que je veux, qu'elle reste dans son collège. Lili travaille et paradoxalement mieux au second trimestre qu'au premier. Elle ne doit pas avoir à s'y rendre la peur au ventre. Elle n'a pas à s'y cacher. Ce n'est pas à elle de partir.

KC dit que l'école ce n'est pas pour lui, il n'apprend rien, juste à faire des bêtises. Les policiers essaient de le raisonner, lui disent de s'accrocher. La confront' est terminée. On cherche des solutions pour le gamin accusé.

Après son départ, je les interroge. N'est-il pas possible que ce gamin ne soit pas dans la nature ? Si, il existe des structures, des associations, les policiers vont veiller à ce qu'il ne reste pas livré à lui-même, surtout qu'il semble tomber dans la facilité à suivre les voyous. 

Mais j'insiste, qui a frappé à part ces deux-là ? Me voilà à interroger les policiers. Est-ce que KC a dit quelque chose d'autre ? Ils étaient dix. Qui sont-ils ? N'y-a-t-il pas de vrais parents derrière ces gamins ? Des parents qui ne dorment plus la nuit, qui se demandent comment va la vie de leur enfant ? Des parents qui angoissent, ça existe à part moi ? Savent-ils au moins ce qui se passe ? Je veux une confront' avec eux.

Les policiers se regardent. L'un d'eux me dira "mon enfant est à Saint Vaast**, il y a aussi des violences mais c'est géré autrement, et les parents n'ont pas envie que leur enfant soit expulsé pour se retrouver à George Sand. C'est le pire collège du département en terme de dépôt de plaintes. Retirez votre enfant de là". 

L'idée fera son chemin, forcément. Se battre contre un système est trop gros pour moi.

 

Aujourd'hui je fais partie d'une association qui accueille des TIG, les condamnés à des travaux d'intérêt général, des jeunes pour la plupart, des grands gamins qui racontent leur vie pas toujours riante, sans repère éducatif. Je n'ai pas encore croisé KC. Peut-être qu'il a continué l'école.  

 

* voir "La deuxième agression, première plainte"
** structure privée dans la ville
photo L'avenir de l'Artois, hebdomadaire


22/07/2014
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