georgesandmonamour

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Récit


Déscolarisation, la décision

Je cherchais, tip tap, pas là, là non plus, là peut être ? Non. J'avais peut être saisi un mauvais mot. Quand même, "violence à l'école que faire ?" n'aurait pas dû me laisser devant ce désert googlien. 3 janvier, l'année commençait bien mal.

A force, j'ai trouvé "déscolarisation". Ah, ça existe ce mot, nouveau mot pour moi. Une série de témoignages, des enfants différents parce que malades, handicapés, ou avec des parents ayant fait un autre choix d'école. Et un ou deux gamins isolés qu'on déscolarise pour qu'ils échappent à la mort, mort à la suite de violences, mort qu'ils pourraient se donner.

"La désco" avait un site dédié, beaucoup d'exemples, de soutiens, d'aide. Le site de l'Education Nationale lui, s'il parle bien de la procédure pour scolariser un enfant, ne parle pas de la procédure à suivre quand il y a rupture du contrat à sens unique, quand on se retrouve devant l'inhabituel, l'impensable, le dément ; devenir hors normes car la norme n'assume plus.

La violence est là, il faut faire face ou partir. 

- "Vous allez faire quoi ?" a dit l'infirmière donnant des mouchoirs propres, reprenant les mouchoirs ensanglantés.

J'aurais préféré une autre phrase de l'infirmière, du style "ne partez pas, les violents seront expulsés". Ce "vous allez faire quoi" m'a fait comprendre qu'il fallait que j'agisse, qu'on attendait quelque chose de moi, car eux (l'autre camp puisqu'il fallait les considérer ainsi) ne feraient rien, ils n'en avaient manifestement pas les moyens ou ils n'avaient pas le courage suffisant. Le problème c'était ma fille, puisque cela faisait cinq fois qu'elle était victime de coups. (Cinq fois, comment ai-je pu attendre ?). 

Alors j'ai dit "Je vais la retirer d'ici" et l'infirmière parut rassurée. 

C'était sans doute un problème en moins car à ce moment-là je ne pouvais pas espérer qu'elle était rassurée pour ma fille. J'ai donc ajouté "Je n'ai pas envie d'aller la chercher à la morgue".

 


24/06/2014
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Du harcèlement à la première agression

Le tout a commencé à mon avis très vite après la rentrée scolaire, mais c'est en novembre que j'ai été alertée par Lili. Je guettais à la sortie de l'école son sourire ou ses pleurs, sa mine déconfite. Lili n'aime pas l'école. Sa réponse était toujours la même "on m'embête". Qui n'a pas été embêté au collège ? Moi, mon bonnet avait servi de ballon et au final on avait tous ri.

Dès la garderie, Lili avait été classée dans les solitaires. Je lui disais de faire un peu d'effort, de se montrer aimable, de rire avec les autres. Ca aide. Mais fin novembre, sa mine chagrine fit que je décrochais le téléphone pour avertir la grande blonde qui servait de directrice et avoir des explications autres. J'obtenais un rendez-vous début janvier, le 5, non pas avant. 

"Qui t'embête ?"

"Chouchou".

"Chouchou !" le petit-fils de la voisine. Chouchou était voyou oui, en primaire la maîtresse s'était plaint de ses insultes, il roulait des mécaniques mais comme il faisait la route le midi avec Lili pour aller voir sa grand-mère, comme il s'était déclaré amoureux de Lili, je ne pouvais pas penser qu'il l'embêterait. Il y avait autre chose. 

Pendant les vacances scolaires, Chouchou venait voir sa grand-mère et on l'entendait rire à travers les murs. Je voyais Lili rentrer les épaules. 

La rentrée était lundi, j'avais rendez-vous vendredi, tout allait s'éclaircir. 

Mardi midi, tout s'est accéléré. Ma fille entre dans la voiture, s'effondre. Elle raconte qu'elle a été frappée par Chouchou, son cousin et un groupe de copains. Elle a reçu des coups de pieds, des coups de sac. A la maison, on mange, Lili va retourner à l'école. Comment ai-je pu la laisser repartir ? Comment a-t-elle pu accepter d'y aller ? Où a-t-elle trouvé la force ? 

Je vais voir la voisine, lui explique, au moins l'avertir de ce qui se passe. Elle me dira que ce n'est pas son problème, qu'elle ne se mêle pas de la vie de ses enfants, elle referme la porte. 

Je prends rendez-vous avec le médecin pour le soir-même. Lili explique, raconte, retient ses larmes. Les traces rouges sur ses jambes se sont transformées en hématomes. Deux jours d'ITT lui sont accordés. Lili est soulagée d'avoir deux jours de répit. Ce fut de courte durée. 

La grand-mère avait fait son travail. La mère, le père, l'enfant frappeur étaient à notre porte pour s'expliquer. Accusations d'abord, Lili n'était pas facile, elle insultait, il fallait bien que Chouchou se défende. Et là, Lili m'étonne. D'une voix blanche, calme, glaçante, elle répond. Elle veut bien tout entendre mais là elle est fatiguée. Elle a supporté les coups, elle ne supportera pas l'injustice. 

Chouchou se met à pleurer, cédant à la panique et raconte son histoire, bien pire que celle de Lili. Tout en détails. Le plaisir de frapper, de voir son cousin venir l'aider, ses copains l'entourer, se sentir fort, aidé, soutenu, frappant sur les rancœurs passées. Chouchou n'était pas un perturbateur, il était en fait perturbé. Il pleurait tout ce qu'il pouvait, reconnaissant qu'il avait menti, qu'il n'avait jamais été insulté, que comme personne n'intervenait, ben voilà il a continué jusqu'à ce qu'un surveillant arrive et la bande s'était dispersée. Et la partie de rires ensuite, avec les copains de son cousin, plus vieux que lui. 

Les parents étaient déconcertés, perdus, ils racontent leurs propres problèmes avec Chouchou, avec leur famille, promettaient tout ce qu'ils pouvaient. "Du moment que ça s'arrête", j'avançais. Je ne voulais plus de conflit. Lili non plus. Qui a envie de passer un siècle au Tribunal ?

 


27/06/2014
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La première agression, le lendemain

Le lendemain à la première heure, je demandais à parler à Madame Lablonde, la proviseure. Elle était étonnée et moi étonnée de son étonnement. Le surveillant ne l'avait-il pas alerté ? Non. N'était-elle pas au courant de ce qui s'était passé la veille dans son établissement ? Non, c'est un établissement de 1000 élèves vous savez, on manque de moyens... Elle me conseillait de porter plainte. Contre qui ? Le surveillant ? Non non contre les enfants. C'est qui ? Je me gardais de lui dire que j'en connaissais deux. Qu'elle fasse son boulot. Elle me certifia qu'elle aurait les noms, qu'elle les convoquerait de son côté, mais que je devais aller porter plainte.

Le midi, un coup de sonnette, le cousin de Chouchou et ses parents, la mère en pleurs, lui fermé. Le cousin n'a pas frappé. Il reconnaît avoir protégé le frappeur des regards mais n'a pas frappé. Il ne le fera plus, mais non il n'aidera pas ceux qui sont frappés au collège, parce qu'il y en a beaucoup, chacun ses problèmes. Le chien de Lili assis à côté d'elle, gronde. Le cousin aura un mouvement de recul. Moi un tout petit sourire, merci le chien.

Ils ont été convoqués par Madame Lablonde qui leur a dit que j'allais porter plainte. Je rassure la mère en pleurs, si ça s'arrête là de leur côté, ça s'arrête là de notre côté. Parce que chacun a le droit à une deuxième chance, parce que Lili ne veut pas affronter ses copains de primaire, parce que c'est beaucoup déjà pour des enfants tout ça. 

Et puis si je porte plainte, ce sera contre le collège pour non assistance à personne en danger, pour non surveillance. C'est quoi ce collège ?


27/06/2014
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La rencontre avec Madame le Proviseur

Madame Lablonde : c'est ainsi que beaucoup de parents l'appelaient en début d'année, car elle était repérable à sa couleur de cheveux. Désolée pour les blondes.

 

Lili retournera à l'école le vendredi, deux jours après la première agression. Personne de sa classe n'a appelé pour transmettre les devoirs. 

J'ai mon propre rendez-vous avec Madame le Proviseur. Elle m'explique que les enfants agresseurs et les parents ont été convoqués mais quand je lui demande quelle sera la sanction, j'ai droit à un "Vous n'avez pas à le savoir". La CPE est présente : pourquoi personne ne m'a appelé le matin suite aux coups, pourquoi le surveillant n'a pas emmené Lili à l'infirmerie, pourquoi c'est moi qui ai informé Madame Lablonde, elle ne sait me dire, elle fera son enquête. Je n'en aurai jamais les conclusions malgré mes demandes réitérées, auprès de la CPE, auprès de la Proviseure, auprès du Rectorat. Je suis devenue harceleuse de l'administration. Le regard entre les deux femmes a été éloquent pourtant, il y a des choses à ne pas dévoiler. Inaptitude, manque de personnel, menfoutisme, ce seront mes propres conclusions. 

Madame Lablonde me demande ce que je veux puisque j'ai décidé de ne pas porter plainte. Je lui demande d'informer la classe de ce qui s'est passé, je lui demande de faire appel à des intervenants extérieurs pour parler de la violence au collège. Des enfants ont dû assister à la scène et ne sont pas intervenus, même pour avertir le surveillant. Il faut qu'ils se sentent concernés. Elle dira qu'elle fera le tour des classes, me le promet, pour les intervenants extérieurs elle verra. Bon finalement, elle peut être sympa Madame Lablonde. Ce sentiment fut de courte durée.

La fin de l'entretien fut étonnant. Madame Lablonde me dit que de toutes façons elle voulait me voir, car au conseil de classe de novembre, certains problèmes avaient été révélés au sujet de Lili, elle ne s'intégrait pas au collège et était isolée. Ah ! Voilà la parade. Je l'arrêtais de suite. C'est MON rendez-vous suite aux coups. Si elle veut me voir pour me parler de Lili la solitaire, elle m'appelle. Depuis novembre, elle avait eu maintes fois l'occasion de le faire, notamment lorsque j'ai appelé à cette période pour demander un rendez-vous, personne n'en a profité pour évoquer le problème qu'elle devait "affronter". 

"Appelez-moi" lui dis-je avant de partir. En sortant, j'avais l'impression d'avoir participé à une partie de bras de fer, où finalement j'avais perdu. Je me sentais coupable, et peu écoutée. Et j'avais le sentiment de laisser Lili dans la fosse aux cons.


29/06/2014
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L'assistante sociale

L'assistante sociale du collège était tout aussi sympa qu'elle était tout aussi impuissante. L'entretien téléphonique se passa mal, je n'étais pas préparée à recevoir son appel. La direction du collège avait apparemment pris le taureau par les cornes et décidé de contre-attaquer. Contre les plus faciles à attaquer forcément, ma fille et moi.

Lili ne voulait pas m'affoler et ne m'avait pas dit qu'elle avait été convoquée le matin même par l'assistante sociale. Sortie du cours sous les regards étonnés de la classe, Lili avait été interrogée sur la situation familiale, sur ce qui se passait à la maison. Non seulement elle était agressée, mais on la rendait coupable de ces faits. Si elle est frappée à l'école, c'est qu'elle est frappée à la maison. Les relations se passaient-elles bien à la maison ? Maman n'était pas énervée ? Et où était papa ? Ah il n'y a pas de papa, tout s'explique. Lili ne m'avait rien dit, pour ne pas m'inquiéter.

Quand donc l'assistante sociale me convoqua pour un entretien, elle ne s'attendait pas à recevoir une volée de bois vert. Je hurlais. On me convoque ? Avez-vous convoqué les parents des agresseurs ? Elle ne pouvait pas me répondre. Pouvais-je remettre ma fille à l'école sans crainte de représailles ? Elle ne voulait pas me le garantir.

J'allais à son rendez-vous. L'entretien mano a mano se passa mieux. Dans la conversation, je compris son impuissance. Même si elle obtenait un rendez-vous avec les parents des enfants fauteurs de troubles, ce n'était pas certain qu'ils viennent. Et elle n'y pouvait rien, elle n'avait aucun moyen pour les obliger à venir, n'avait pas le droit de se rendre chez eux, n'avait aucun moyen de pression. Et d'ailleurs, elle se demandait aussi à quoi elle servait, elle n'était pas la "Pause Café"* de mon enfance, qui essayait de régler les problèmes malgré l'administration. Elle remplissait des dossiers, son rôle était limité. D'ailleurs elle me remerciait d'être venue, presque chaleureusement. Elle ne pensait pas me voir vu que l'entretien téléphonique ne s'était pas bien déroulé. Bah oui, je n'aurais même pas osé refuser un entretien, il en va de mon enfant. "Si vous saviez" me dit-elle, presque complice, "tout le monde n'est pas comme vous". Alors dans la torpeur de l'après-midi, j'imaginais les parents des enfants agresseurs en train de siroter un café devant "Les feux de l'amour**". 

Dans ce bureau-là, je saisis une chose. Il ne fallait pas attendre un quelconque soutien de l'administration. J'avais raison, j'étais même comprise, mais j'étais seule. 

 

* Pause-Café : série TV des années 80 sur la vie d'une assistante sociale dans un lycée avec Véronique Jeannot. 

** Les feux de l'amour : série TV américaine diffusée depuis des lustres en début d'après-midi.


03/07/2014
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